Faye & Stéphane

Ce que j’aime lors d’un tournage, c’est la préparation d’une scène : travailler l’éclairage pour créer l’effet que je recherche ou installer un rail pour ajouter un peu de mouvement à la scène. J’aime prendre le temps d’explorer de nouvelles techniques pour toujours améliorer le produit final.

C’est pourquoi lorsqu’on me demande de filmer un mariage, la réponse me vient naturellement : « Merci d’avoir pensé à moi, mais non, je ne filme pas de mariage. » Bien filmer un mariage est difficile et stressant. On a pas droit à l’erreur. Si on manque l’échange des anneaux, par exemple, c’est trop tard. On ne peut pas dire au célébrant : « Excusez-moi. J’ai manqué cette partie, est-ce qu’on peut recommencer s’il-vous-plaît? » On n’a pas non plus le temps de régler l’éclairage ou d’installer beaucoup d’équipement. On doit être rapide, efficace et prêt à faire face à n’importe quel imprévu que ce soit l’oubli d’une lentille une minute avant le début de la cérémonie, la pluie qui commence à tomber ou bien les piles du micro qui tombent à plat durant l’échange des voeux des mariés.

Lorsque ma collègue, Faye, nous a annoncé qu’elle allait se marier, je savais qu’elle allait immanquablement me demander si je pouvais filmer son mariage. Malgré tout le respect que j’ai pour elle, j’ai utilisé ma réponse déjà toute prête : « Merci d’avoir pensé à moi, mais non, je ne filme pas de mariage. » Cependant, en échange de mon refus, je lui ai offert de lui tourner une vidéo qui servirait d’invitation à son mariage. Avec l’arrivée de YouTube, Vimeo ou des médias sociaux, c’est une tendance très à la mode qui se démarque des traditionnelles invitations sur papier. Cependant, il y a un côté de Faye que je connaissais moins. Elle peut être, comment dire, quelque peu insistante. ;) C’est pourquoi, après un bon deux à trois semaines de demandes répétées, j’ai fini par céder : je filmerai son mariage. Je me suis dit, de toute façon, puisque j’aime les défis, aussi bien en relever un bon. J’ai déjà filmé quelques mariages, mais pour celui-là, j’aimerais élever la barre un peu plus haute. Mais ça, ce sera une autre histoire.

En attendant le mariage, j’ai tout de même filmé leur vidéo d’invitation. Un des avantage de tourner une vidéo de ce genre est de passer la journée avec les futurs époux (et leurs enfants dans le cas de Faye) et d’apprendre à les connaître. Même si Faye nous parle souvent de son conjoint et de ses enfants, le tournage m’a permis de mieux les connaître. J’ai eu bien du plaisir en leur compagnie et le tournage m’a permis de découvrir une famille simple avec de bonnes valeurs et avec un grand sens de l’humour. Suite à cette rencontre, je crois que tout le monde sera plus à l’aise lors du mariage et nous aurons un stress en moins.

Pour le concept, inutile de réinventer la roue. Faye a regardé des exemples sur YouTube et Vimeo et elle a fait une liste de prises qu’elle voulait, en plus de choisir la chanson. Puisque ce type de vidéo n’est visionné que par quelques dizaines de personnes, je crois qu’il n’est pas nécessaire de développer un nouveau concept à chaque fois. Comme c’est souvent le cas avec les photos de mariage, les futurs mariés trouvent un exemple qui leur plaît et ils veulent quelque chose de semblable.

Un de mes défauts est que j’ai de la difficulté à voyager léger. :P J’ai toujours plus d’équipement qu’il ne faut. Même si ma voiture était pleine d’accessoires, environ 80 % de la vidéo a été filmée à l’épaule avec une seule lentille. J’ai utilisé ma Canon 5d mk2 installée sur un support à l’épaule, combinée avec la lentille Canon 24-105mm f/4. C’est une excellente lentille « tout usage » qui permet de couvrir une grande partie des angles requis et elle produit une image très nette. Son seul défaut est qu’avec une obturation de seulement f/4, elle est limitée dans les endroits sombres. J’ai aussi utilisé, pour quelques scènes, ma lentille Sigma 105mm f/2.8 Macro. La version que je possède est conçue pour les appareils Nikon, mais un adaptateur de lentille Nikon à monture EOS me permet de l’utiliser sur ma Canon. En général, c’est une bonne lentille. Je l’ai souvent utilisée lors de tournages publicitaires ou pour faire des entrevues. Cependant, je l’utilise rarement entre f/2.8 et f/4 puisque je trouve les images un peu floues. Grâce a ses 105mm et une distance de mise au point courte, il est tout de même facile de créer des images avec un arrière plan hors foyer même si je ne l’utilise pas à sa pleine vitesse. J’utilise un filtre neutre variable (Variable ND filter) de la compagnie Light Craft Workshop que je mets devant mes lentilles pour permettre de filmer à l’extérieur tout en gardant une obturation d’environ f/4 et f/5.6.

"Pocket Dolly" de la compagnie Kessler Krane.

« Pocket Dolly » de la compagnie Kessler Crane.

Pour remplacer un système de rail traditionnel, plusieurs compagnies produisent des formats compacts de 2 à 5 pieds de long, qui sont plus facile à transporter et beaucoup plus rapide à installer. Le système que j’utilise est le « Pocket Dolly » conçu par la compagnie Kessler Crane. Avec une longueur de trois pieds, les mouvements de la caméra sont plus limités qu’avec un système conventionnel qui peut aller jusqu’à plusieurs dizaines de pieds. Mais souvent, un déplacement latéral de quelques centimètres suffit pour ajouter du mouvement à une scène. J’aime bien le « Pocket Dolly » puisqu’il a un bon roulement et qu’il est normalement très stable. J’ai toutefois remarqué qu’il y avait une légère secousse dans certaines scènes quand j’ai utilisé le « Pocket Dolly », notamment dans la scène où l’on voit Stephane et Faye pour la première fois dans le salon. Après analyse, j’ai remarqué qu’il y avait plusieurs petites bosses au milieu des rails. J’ai réalisé qu’en laissant ma caméra installée quelques heures sur les rails sans la déplacer, les roues du plateau supérieur créaient ces petites bosses. Aussi, mon système possède l’option « frein » pour empêcher le plateau supérieur de bouger. J’ai remarqué que si j’enclenchais le frein lorsque je range le rail, les roues du plateau créaient également des petites bosses. Alors si vous achetez un de ces systèmes, je recommande de démonter votre caméra dès que vous avez terminé et de ne pas mettre le frein lorsque vous le rangez.

Petites bosses sur le rail du Pocket Dolly

Petites bosses sur le rail du Pocket Dolly

Préparation d'une scène avec la "Steadicam" lors du tournage La Dame poupée

Préparation d’une scène avec la « Steadicam » lors du tournage La Dame poupée

Un autre accessoire qui peut donner des images incroyables et la fameuse « Steadicam ». Maîtriser la « Steadicam » demande beaucoup de pratique. Certains opérateurs se spécialisent seulement dans ce type de tournage. Et comme je n’ai pas beaucoup d’heures de pratique, je suis loin d’être un expert avec ce type de support. Mais il y a tout de même quelques conseils qui peuvent aider à obtenir des images assez stables. Le modèle que j’utilise est la Glidecam 2000 Pro. Je vais sûrement écrire un futur blogue sur la façon de filmer avec une « Steadicam » mais en résumé, la première chose à faire est de bien l’équilibrer. Il y a une excellente vidéo sur Vimeo qui explique la façon de bien équilibrer la Steadicam (en anglais seulement). Ensuite, plus l’angle de la lentille est grand, plus l’image sera stable. Pour cette vidéo, j’ai utilisé ma lentille 24-105mm à 24mm.

Application f/8 DoF Calculator pour iPhone

Application f/8 DoF Calculator pour iPhone

Un autre aspect important est la mise au point ou communément appelée le « focus ». Puisqu’il est pratiquement impossible d’ajuster la mise au point en même temps que d’utiliser la « Steadicam », j’ai filmé avec une obturation de f/8 et j’ai fait ma mise au point à environ six pieds. De cette façon, tout ce qui était entre 3,5 et 22 pieds était au foyer. Pour trouver cette mesure, j’utilise une application sur mon « iPhone » qui s’appelle « f/8 DoF Calculator ». En entrant les données nécessaires, l’application calcule les distances de mise au point.

Quand je filme avec ma caméra, j’utilise la plupart du temps le profile « Neutre ». De cette façon, j’ai plus de latitude pour faire la correction de couleurs lors de la post-production. Certaines vidéos demandent plus de travail que d’autres, mais en général, lors d’une vidéo comme celle-ci, j’utilise souvent la même séquence d’effets. Lorsque mon montage est terminé dans Adobe Premiere Pro, j’applique, en premier lieu, l’effet « Denoiser 2 » de la compagnie RedGiant Software. Puisque j’ai filmé les scènes intérieures avec un ISO de 1250, on pouvait apercevoir beaucoup de grains dans l’image. « Denoiser 2 » permet d’enlever le grain et d’avoir une image plus nette. Ensuite, je fais les ajustements de couleurs et de contrastes nécessaires avec « Colorista », également de la compagnie RedGiant Software. Lorsque vous regardez les scènes filmées avec un profil « Neutre », les images paraissent délavées et sans contrastes. Ne vous découragez pas. En ajoutant un peu de contraste et en augmentant la saturation, elles prendront vie.

Pour finir, j’applique un peu de « Sharpen » (désolé, je n’ai aucune idée du terme français pour cette fonction. Et non, je ne crois pas que dans ce cas on peut dire « aiguiser » :P ). Cette fonction permet d’ajouter plus de netteté dans l’image. J’ai cependant réalisé lorsque j’ai terminé la vidéo que j’avais oublié d’ajuster les préférences de la fonction pour rendre l’image plus nette. Je le ferai sûrement lorsque j’aurai plus de temps. Une chose à noter cependant est qu’avec tous ces effets, surtout avec «Denoiser 2», vous devrez avoir un ordinateur assez puissant pour permettre de sauvegarder la vidéo finale. Pour cette vidéo, j’ai utilisé mon MacBook Pro que j’ai acheté en 2009. Il fonctionne encore très bien mais avec tous les effets, il a tout de même pris environ 3 heures à rendre le produit final. En comparaison, le plus récent iMac 27″ aurait mis environ 15 minutes. Quand on dit que le temps c’est de l’argent… ;)

Au final, est-ce que tout cet équipement était nécessaire pour filmer ce genre de vidéo? Sûrement pas. J’ai vu d’excellentes vidéos filmées avec seulement une caméra et un trepied (Un bon exemple est la vidéo « Move » filmé par Rick Mereki). Mais le rail de Kessler Crane et une Steadicam par exemple permettent d’ajouter un peu d’esthétisme supplémentaire. Et puisque j’ai tendance à toujours en mettre un peu plus que ce que le client demande…

 

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2 commentaires de lecteurs

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  1. Claire Sincennes ( mère de Faye Ouellette ) dit :

    Merci Francis . Le video est extraordinaire .. Tu as été chanceux pour l’insistance de Faye soit de 3 semaines … j’aurais mis 3 mois ! Tu as été généreux haha .Le concept est à point . Quel talent . Nous , nous sommes émerveillés devant tant de beauté .Encore une fois .au fond du coeur .Mille mercis

    • Francis René dit :

      Merci Claire. En fait c’était plus que 3 semaines mais je me suis dit que ça aurait paru mal si j’avais dit 4 mois… haha

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